La podophobie, ou phobie des pieds, est une peur irrationnelle et invalidante des pieds, qu’ils soient les siens ou ceux des autres. Bien que moquée et peu prise au sérieux, cette phobie touche de nombreuses personnes à travers le monde et peut être très handicapante au quotidien.

Historique de la phobie des pieds

Le terme « podophobie » vient du grec pous, podos qui signifie « pied » et phobos qui signifie « peur ». Il a été utilisé pour la première fois en 1915 par le psychiatre américain A.F. Chamberlin pour décrire le cas d’un patient ayant une peur panique des pieds.

Cependant, la phobie des pieds est un trouble qui existait bien avant d’être nommé. Des descriptions de personnes ayant une répulsion et une angoisse face aux pieds remontent au moins au 19ème siècle. Par exemple, le poète germanique Brentano aurait souffert d’une importante podophobie, allant jusqu’à sentir des nausées et des vertiges à la vue de ses propres pieds.

Bien que largement méconnue du grand public, la podophobie toucherait, selon les estimations, entre et 5% de la population mondiale.

Les causes possibles de la phobie des pieds

Les origines exactes de la podophobie restent mal comprises des spécialistes. Cependant, plusieurs hypothèses existent :

  • Un traumatisme lié aux pieds : une expérience douloureuse ou humiliante impliquant les pieds pouvant survenir dans l’enfance et provoquer un dégoût ou une peur durable (moqueries sur l’aspect des pieds, odeurs, saleté, etc.)
  • Une origine génétique ou familiale : certains experts pensent que la podophobie pourrait être héréditaire ou plus fréquente dans certaines familles
  • Des troubles psychologiques préexistants : les personnes souffrant d’anxiété, de troubles obsessionnels compulsifs ou de dépression seraient plus à risque de développer une phobie des pieds
  • Le développement de la personnalité : l’apparition de la phobie coïnciderait souvent avec l’adolescence ou le début de l’âge adulte, période de construction identitaire et de rapports complexes au corps
  • Des infections ou pathologies douloureuses des pieds : des affections comme les verrues plantaires, les mycoses ou les ongles incarnés pourraient déclencher un dégoût des pieds conduisant à la phobie
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La podophobie résulte probablement d’une combinaison de certains de ces facteurs chez les individus prédisposés.

Les différents degrés de podophobie

L’intensité des symptômes de la phobie des pieds est très variable selon les individus. On distingue classiquement :

  • La podophobie légère à modérée : sentiment de dégoût et de malaise à la vue des pieds, surtout ceux des autres personnes. La personne adopte des stratégies d’évitement, comme détourner le regard ou porter systématiquement des chaussettes, sans que cela nuise à sa vie sociale.
  • La podophobie sévère : anxiété intense avec sueurs, palpitations cardiaques, nausées, vertiges pouvant aller jusqu’à la crise de panique lors de l’exposition aux pieds. La personne refuse catégoriquement de montrer ses pieds et d’en voir, ce qui peut l’isoler socialement.
  • La podophobie invalidante : les symptômes apparaissent de façon continue, empêchant la personne de mener une vie normale. Certaines personnes en viennent même à développer d’autres troubles psychologiques associés : dépression, troubles obsessionnels compulsifs, agoraphobie.

Les symptômes physiques et psychologiques

Les manifestations de la podophobie chez un individu peuvent inclure :

  • – Sueurs, frissons, tension musculaire
  • – Palpitations cardiaques, essoufflement, hypertension
  • – Nausées, vomissements, diarrhées
  • – Sensations de vertige ou d’évanouissement
  • – Tremblements, spasmes musculaires
  • – Crises de panique pouvant aller jusqu’à la peur de mourir
  • – Pensées obsessionnelles et visions persistantes de pieds
  • – Stratégies d’évitement à tout prix de la vision de pieds
  • – Isolement social par peur du regard ou des remarques des autres

Ces manifestations intenses poussent les personnes phobiques à reconnaître le caractère irrationnel de leur peur, tout en étant incapables de la contrôler. Elles déploient alors des trésors d’inventivité pour dissimuler leurs pieds et ceux des autres : port de chaussettes et chaussures fermées en permanence, évitement des plages et piscines, placement stratégique d’un sac ou d’un vêtement sur les pieds dans les transports en commun, etc.

Les complications possibles

Au-delà de la gêne et de la détresse psychologique qu’elle engendre, la phobie des pieds peut être source de complications médicales :

  • – Infections cutanées et ongulaires fréquentes liées au port permanent de chaussettes et chaussures fermées
  • – Développement de verrues plantaires et d’ongles incarnés, le phobique rechignant à consulter un podologue
  • – Troubles circulatoires et risque accru d’insuffisance veineuse par manque d’aération des pieds
  • – Troubles musculo-squelettiques (tendinites, déformations) à force d’éviter de regarder où l’on met les pieds
  • – Accidents de la vie courante plus fréquents (chutes, entorses, fracture)
  • – Troubles dépressifs et anxieux pouvant mener à des conduites d’évitement social invalidantes
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Se faire aider

Consulter un psychiatre ou un psychothérapeute est recommandé en cas de phobie sévère des pieds altérant la qualité de vie. Plusieurs stratégies peuvent être mises en place :

  • – Une thérapie cognitivo-comportementale (TCC) pour désensibiliser progressivement le patient à la vision et à la pensée des pieds, jusqu’à arriver à une exposition en vrai.
  • – L’hypnose pour explorer l’origine de la phobie et modifier la perception inconsciente que le patient en a.
  • – La thérapie EMDR (mouvements oculaires) qui vise à « reprogrammer » les mécanismes cérébraux associés au déclenchement de la phobie.
  • – Un traitement médicamenteux par antidépresseurs ou anxiolytiques pour réduire les symptômes le temps que la thérapie fasse effet.

La guérison complète de la podophobie est possible mais peut demander beaucoup de temps et de persévérance de la part du patient. Une implication forte dans le processus thérapeutique est primordiale.

Vivre avec un proche podophobe

Cohabiter ou interagir régulièrement avec une personne souffrant de podophobie demande quelques aménagements :

  • – Respecter ses demandes concernant la dissimulation des pieds (éviter de se promener pieds nus à la maison, par exemple)
  • – Ne pas agiter ses pieds ou ses orteils devant elle
  • – Couvrir ses propres pieds autant que possible en sa présence
  • – Ne pas commenter ou questionner de façon insistante ses stratégies d’évitement
  • – Faire attention où l’on marche pour ne pas risquer de lui marcher sur les pieds par inadvertance !

Il est également recommandé de l’encourager avec tact à consulter un professionnel si vous percevez que sa phobie altère sérieusement son bien-être ou ses relations sociales. Une attitude compréhensive et dénuée de jugement est primordiale.

Le regard de la société

Les phobies en général, et la podophobie en particulier, souffrent d’être peu connues et comprises du grand public. La peur panique des pieds prête facilement à sourire et les personnes qui en souffrent sont souvent moquées, ou soupçonnées de simuler ou d’exagérer.

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Pourtant, les témoignages de podophobes montrent à quel point ce trouble irrationnel peut générer une détresse psychique intense et des stratégies d’évitement très contraignantes.

Une meilleure information du public sur cette pathologie permettrait de sensibiliser à la souffrance réelle qu’elle génère et de favoriser l’acceptation des personnes qui en sont affectées.

Conclusion

La phobie des pieds ou podophobie, encore méconnue, n’est pas une pathologie rare ni anodine. Ses causes exactes restent à élucider mais pourraient combiner à la fois des facteurs psychologiques, génétiques et comportementaux.

Ses conséquences sont une angoisse panique et un dégoût intense à la vue des pieds, les siens ou ceux des autres, conduisant la personne à déployer des stratégies d’évitement parfois très handicapantes socialement. Si elle n’est pas traitée, cette phobie peut entraîner des complications médicales et psychiques sérieuses.

Heureusement, des prises en charge sont possibles, principalement via des thérapies cognitives et comportementales. La compréhension et le soutien des proches sont également primordiaux pour les personnes affectées. Une meilleure connaissance de ce trouble par le grand public pourrait aussi favoriser le déstigmatisation des podophobes.